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Humanitaire/ La Côte d’Ivoire toujours confrontée à des problèmes de sécurité alimentaire (Rapport PAM-FAO-IFAD) Spécial

Humanitaire/ La Côte d’Ivoire toujours confrontée à des problèmes de sécurité alimentaire (Rapport PAM-FAO-IFAD)

 

 

La situation alimentaire en Côte d’Ivoire n’est pas des plus reluisantes, en dépit de l’amélioration progressive du niveau de sécurité. C’est ce qu’indique un rapport mondial que viennent de publié le PAM, la FAO et l’IFAD, les trois agences onusiennes ayant mandat sur l’alimentation. Le contenu de ce document a été expliqué à la presse ivoirienne, jeudi 11 octobre 2012, par le représentant du PAM en Côte d’Ivoire, Gianlucca Ferrera,  lors d’un point de presse au siège de l’ONUCI.  La Diplomatique d’Abidjan (LDA) vous propose des extraits de ces échanges.

 

  

Gianlucca Ferrera (Représentant du PAM) : Avant de vous parler de la Journée mondiale de l’Alimentation qui est célébrée chaque année le 16 octobre, je voudrais vous parler brièvement du rapport sur le statut de l’insécurité alimentaire dans le monde. Ce rapport rapport qui vient de sortir est publié toutes les années par les trois agences qui ont le mandat sur l’alimentation notamment le PAM, la FAO et l’IFAD. Ce Rapport qui normalement sort vers la moitié du mois d’octobre. Il est disponible sur le site de la FAO. L’un de ces grands messages c’est que cette année les efforts des pays ont aide à faire sortir des millions de personnes de l’insécurité alimentaire et que les pays ont aussi développé des politiques de filet de sécurité de protection sociale pour appuyer les plus vulnérables. Il y a malheureusement des personnes qui ne sont pas bénéficiaires de la croissance économique et pour ces groupes et pour ne pas les perdre, il faut mettre en œuvre des filets de  sécurité productif.  Ce n’est pas de l’assistanat mais des filets productifs qui puissent permettre de récupérer dans la vie active ces groupes vulnérables. Voilà en gros le message que je voulais retenir de ce rapport qui est disponible sur le site web de la FAO.

Je passe donc à l’autre point qui est un peu la présentation de la Journée mondiale de l’alimentation et avec un peu plus de référence aux activités en côte d’Ivoire. Le PAM commémorera la Journée mondiale de l’alimentation le 16 octobre 2012 en réaffirmant son engagement et du gouvernement à travailler avec la communauté, la société civile, le gouvernement et le secteur privé pour mettre un terme à la faim. Au cours de ces dernières années, les communautés ont subi sur presque tous les continents les effets dévastateurs de la flambée des prix alimentaires, des catastrophes naturelles, des urgences liés aux chocs climatiques et aux conflits qui ont contribué à exacerber la faim et la pauvreté. Heureusement l’assistance humanitaire du PAM en collaboration avec des partenaires à travers le monde ont apporté aide et espoir à des millions de personnes. Le PAM se trouve confronté à plusieurs défis alors que nous œuvrons à assurer que les personnes sous alimentées et démunies reçoivent de bons aliments au bon moment, a déclaré la Directrice exécutive du PAM. De la région du Sahel touchée par la troisième sécheresse les dernières années jusqu’au Moyen orient affecté par l’instabilité en passant par des communautés où les aliments de base sont devenus inaccessibles en raison des prix prohibitifs, le PAM achemine une assistance alimentaire vitale dans les endroits qui en ont le plus besoin. En 2011, le PAM a nourri près de 200 millions de personnes dans 75 pays dont 11 millions d’enfants ayant reçu un appui nutritionnel et spécial. Ici en Côte d’Ivoire, le PAM joue un rôle majeur à travers l’action humanitaire et aux efforts de redressement. Les opérations du PAM en cours portent essentiellement sur la fourniture d’une assistance humanitaire vitale aux populations touchées par la crise prolongée depuis 2002 et le déplacement interne de la population résultant de la contestation de l’élection présidentielle de novembre 2010. Depuis mars 2012, le PAM fournit une aide d’urgence qui comprend la distribution générale de vivres, les activités de nutrition… C’est donc un paquet de mesures qui sont déployés pour venir en aide aux différents besoins de populations les plus démunies. De janvier à juin 2012, le PAM a ainsi assisté 273 000 personnes déplacées internes, 163 000 rapatriés, 17 000 enfants malnutris de moins de 5 ans, 11 000 femmes enceintes et allaitants souffrant de malnutrition et 6 000 patients malnutris sous traitement antirétroviraux. Un projet de transfert monétaire inconditionnel a été initié dans les  quartiers pauvres d’Abidjan et a atteint 49 000 bénéficiaires dont 90% des femmes. Un projet similaire est en cours d’exécution à l’ouest du pays. Le PAM a également mis en œuvre une intervention prolongée de secours et de redressement afin de soutenir le processus de reconstruction du pays en aidant le retour à l’école de 568 000 enfants et de 5 000 enseignants et leur famille à travers un programme de repas de cantine scolaire. Pour la période 2013-2015, le PAM en Côte d’Ivoire mettra l’accent sur l’appui à la stratégie à la pérennisation axé sur l’appui aux communautés villageoises pour leur permettre de couvrir progressivement l’approvisionnement des cantines en échange de la mise en place de mécanismes de sécurité alimentaire.

 

 

Question : Combien d’Ivoiriens bénéficient aujourd’hui de l’aide du PAM et donc dépendent véritablement de l’aide du PAM ? Est-ce que le chiffre que vous allez me donner va se réduire ou augmenter  selon vos projections?

 

 

GF : Le bilan que nous avons fait sous le premier semestre de l’année 2012 est le suivant: Nous avons assisté dans le cadre de notre opération d’’urgence 273 000 personnes déplacées et retournées internes. A cela s’ajoute 163 000 rapatriés. Si l’on fait l’addition, on est environ à 450 000 personnes assistées dans le cadre de la crise post électorale suite à la contestation présidentielle de novembre.  A côté de ce groupe central, il y a eu des interventions notamment dans le domaine de la nutrition notamment 19 000 enfants pris en charge par le centre de santé souffrant de malnutrition modérée et 11 000 femmes enceintes et allaitantes. Ce sont des interventions nutritionnelles de prise en charge des enfants et des femmes enceintes. Le PAM a assisté 558 000 enfants bénéficiant de repas de cantine scolaire. Ce ne sont pas des interventions d’urgence mais plutôt des interventions pour sensibiliser à la fréquentation scolaire et permettre un meilleur apprentissage aux élèves pendant les cours.

S’agissant de la deuxième question, tous nos chiffres sont basés sur des résultats d’enquêtes. Nous sommes en ce moment en train de mener une enquête pour d’abord faire le suivi de la campagne agricole. Le mois d’octobre est le mois de récolte de céréales le plus important en Côte d’Ivoire. Nous sommes donc en train de faire une évaluation avec  le ministère de l’agriculture et la FAO sous la campagne. Et à côté de l’évaluation de la campagne de la récolte, on est en train de mener une enquête de vulnérabilité dans certaines parties du pays notamment l’ouest et le nord qui sont les régions chroniquement plus exposés aux problèmes de la sécurité alimentaire pour pouvoir mesurer et déterminer les besoins résiduels d’assistance alimentaire. Je ne m’aventure donc pas encore à vous dire quelles seront les prévisions. Les constats que les équipes terrain nous envoient sont que la campagne a été moyenne si on la compare avec les années passées. On peut donc s’attendre à une année normale. Ce qui est très important est que la région a eu une campagne qui s’annonce aussi normale. Vous vous souvenez l’année passée la région a été confrontée à une crise majeure dans les pays du sahel et ces crises ont eu des effets sur la Côte d’Ivoire parce que beaucoup de ces pays venaient s’approvisionner en céréales en Côte d’Ivoire et on a eu dans le nord du pays pendant le mois de juillet le prix du mais qui a augmenté de plus de 180% par rapport à la moyenne des 5 dernières années. Cela a causé de gros problèmes aux ménages vulnérables en termes d’accès au marché des céréales. Cette année, on ne s’attend plus à ces phénomènes,  la situation étant meilleure dans la région.

 

Question : M Ferrera, quelle est la situation alimentaire en Côte d’Ivoire depuis la fin de la crise post électorale ? Quelles sont les mesures d’urgences à apporter pour que les Ivoiriens souffrent moins de faim ?

GF : La Côte d’Ivoire est encore confrontée à des problèmes de  sécurité alimentaire. Ils sont bien géographiquement concentrés. C’est surtout l’ouest et le nord du pays qui sont des préoccupations pour le PAM pour des raisons différentes : l’ouest, à cause des conséquences de la crise. Beaucoup de ménages ont été déplacés et n’ont pas pu effectivement développer leur activité agricole l’année passée. Et donc la production agricole pour ces ménages a été fortement touchée. Beaucoup sont encore réfugiés dans des pays voisins. Et ceux qui sont rentrés ne l’ont pas fait à temps pour pouvoir  produire à temps. Cette année, on s’attend à une amélioration dans l’ouest, parce que ces problèmes cette année ont été moindre par rapport à la campagne agricole de l’année passée.  Au nord, c’était plutôt comme je l’ai dit, un problème de prix, extrêmement élevé par rapport à la normale. Et cela a été la conséquence directe aussi de la crise qui a touché le nord mais aussi de la crise du Sahel. Là également, on prévoit cette année que les choses seront moins tendues. Globalement on va vers une situation qui se stabilise et donc le nombre de personnes souffrant de la fin aigue devrait baisser. Par contre, il reste des problèmes structurels et l’insécurité alimentaire est l’expression la plus évidente de l’extrême pauvreté. C’est pour cela que ce rapport recommande qu’il est important pour les gouvernements d’investir aujourd’hui sous le  développement d’une stratégie de protection sociale pour permettre d’avoir des filets de sécurité pour prendre en charge cette vulnérabilité résiduelle et permettre à ces groupes extrêmement démunis de ne pas être laissés à eux-mêmes mais de savoir que l’Etat avec l’appui de la communauté internationale est là pour les aider à travers des activités de filets de sécurité productifs en les faisant participer à des travaux  générateurs de revenus, en les faisant participer à des cours d’alphabétisation pour adultes qui pourraient leur permettre de se requalifier et d’avoir des acquis qui leur permettraient d’accéder au marché du travail de façon plus simple.

 

Armand Tanoh

 

Source : ONUCI

Armand Tanoh

Directeur de Publication / Redacteur en Chef

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